. Interview Francois Lormeau - Qu'est ce que tu deviens François Lormeau : (réalisé le 17/06/2007).

 

 

Fiche d'identité

Nom - Prénom : Lormeau - François

Année de naissance : 24.12.1966

Poste : Pilier et talonneur en junior puis franchement talonneur, quelquefois troisième ligne. Mes talents de plaqueur et de joueur de grand champ me font penser que les entraineurs ayant insisté pour que je reste talonneur avaient un fond de bon sens.

Poids - Taille : 1m 77, mon poids… lorsque j’étais réellement affuté, ce qui n’étais pas avouons-le une franche habitude j’étais aux alentours de 90kg. Une vie quelque peu dissolue ainsi que des conseils diététiques pour le moins sujets à controverse prodigués par un expert du nom de C. Lapouge, me portaient plus généralement aux alentours de 95–97 kg.

Situation maritale : 2 fils (à ma connaissance), 8 mois et 3 ans ½.

Profession : Entre deux boulots, un se terminant et l’autre en phase de bientôt démarrer. Pour simplifier, disons un genre de jardinier.

 

1 - Ta carrière rugby ?

Assez simple le parcours. En troisième j’ai joué au rugby au collège, remarquant que j’avais quelques dispositions, le prof de sport me demanda d’intégrer l’équipe de l’établissement. J’y ai rencontré un type qui m’a proposé de jouer en club avec lui, il jouait au SCUF. Je n’ai jamais revu le gazier au SCUF comme ailleurs, peut être était-ce un de ces fameux anges scufiste qui m’a poussé vers la porte Pouchet…
c’était en 1982, j’avais 15 ans. J’y avais comme entraineurs deux Jean-Pierre, Moriange et Petitet ainsi que Jean-Claude Massy en guest-coach. Je venais de passer 7 ans à jouer au foot, aussi naturellement, Jean-Pierre me proposa la place d’arrière. Étrangement après mon premier match il me dit : " 
c’était bien dimanche oui, oui. La prochaine fois tu vas jouer talonneur, tu vas voir c’est bien aussi". Je suppose que mes dispositions à l’évitement et aux longues envolées avaient motivée cette " promotion ". Toujours est-il que c’est là en cadet puis junior que j’ai fait connaissance avec un certain esprit. Le second degré (presque " institutionnalisé " au SCUF) et l’esprit sportif. Se faire plaisir, jouer, jouer. Bien sûr il était question de gagner, bien sûr nous avions aussi en cadet comme en junior un belle équipe. Mais ces Jean-Pierre là m’ont apporté, NOUS ont apporté un supplément d’âme, au travers de nos dimanches matin un regard différent de nos vies d’ados. Respect de l’adversaire, de ses partenaires, de l’arbitre, respect. Sans qu’ils ne l’aient jamais dit ou demandé, leur comportement, leurs propos d’éducateurs leur exemple incitaient au respect.

Après ce passage dans le cocon scufiste, arrivée en senior. A l’époque nous étions en deuxième division. Mon arrivée à malheureusement coïncidé avec la fin de carrière de quelques " nom " du SCUF d’une part et au début de la dégringolade d’autre part. L’idée qu’il puisse y avoir une relation de cause à effet hante mes nuits depuis lors. Hormis cette pointe de culpabilité qui m’habite, ce qui a quand même marqué mon esprit post adolescent de l’époque c’est que nombre de cadors de l’équipe première l’année de la descente et donc responsable de celle-ci (à mon sens) sont parti sous des cieux plus cléments. Ce qui fait que la saison suivante c’était grosso-modo la réserve qui était en première. Ma naïveté de jeune pousse, l’éducation, le sens d’un certain esprit combatif transmis par les éducateurs susnommés m’ont rendu cette pseudo désertion incompréhensible. Alors que je m’en ouvrais à Greg Loza (notre capitaine élu, vous connaissez les méthodes bontouxiennes) il me répondit d’un petit sourire. (Vous remarquerez que Greg se dépare rarement de son petit sourire, à tel point que j’ai longtemps été persuadé de ne dire que de conneries). Je compris que je n’étais pas rompu au principe (pourtant courant dans le milieu sportif) de certains qui consistait à quitter le navire en plein naufrage. Encore une question d’éducation peut-être.

Bon, donc descente en troisième division, nous nous y accrochons tant bien que mal puis honneur, remontée, redescente. Je ne vais pas entrer dans le détail, l’ouvrage de Jean Hospital le raconte beaucoup plus talentueusement que je ne pourrais le faire.

Pour résumer arrivé senior en deuxième division et quinze ans plus tard promotion d’honneur ! Joli parcours !

Entre temps une infidélité au SCUF la saison 91-92 pour cause d’études à Angers. Une saison au SCO Angers, héritier du SCUF (je vous invite à interroger Mr Petitet qui vous racontera de façon circonstancié les tenants et aboutissants de la chose).

En 1998 l’envie de vérifier par moi-même cette rumeur faisant état d’une absence de vie après le périf, me fit déménager jusqu’en Charente maritime. Non qu’il y ait plus de vie ici qu’ailleurs mais à l’époque la voiture que m’avait vendu Vincent Massy faisait Paris-Saintes avec un plein et pas un kilomètre de plus.

Installé donc à Saintes, j’y ai joué 7 ans. A mon arrivé en honneur, nous sommes allés jusqu’en…. deuxième série ! La gloire quoi !

Le surnom de " chat noir " qui commençait à se faire mien et l’insistance d’un entraineur qui voulait absolument remonter m’ont finalement poussé à raccrocher les crampons il y a 2 ans.

 


2  - Aujourd'hui as tu encore un petit regard sur les résultats du SCUF ? Et le rugby en général tu le suis comment ?

Lors de ma première saison senior, la réserve (dont je faisais partie) aeu la chance de se qualifier relativement loin. Demi-finale de championnat de France si mes souvenirs sont bons. Lors d’un des matchs de phase finale, nous rencontrons Vitry. Pour ceux qui connaissent la fameuse cuvette et la fort sympathique équipe de ce charmant coin de verdure, ce fut pour le moins un match " d’hommes ". À la fin du match je discute avec un spectateur qui s’avère être un ancien joueur (dont bien sûr honte sur moi, j’ai perdu le nom) équipier premier après guerre. Cet homme que je n’ai que peu revu par la suite m’a parlé du SCUF de son histoire et de son fameux esprit. Il m’a dit une chose qui a marqué le jeune joueur que j’étais : " tu sais, le SCUF, tu ne le quitte jamais vraiment. Partout ou tu joueras tu rencontreras des joueurs qui connaissent le SCUF ou qui y ont joué. Si tu prends une licence ailleurs, tu ne deviens pas joueur d’un autre club mais un scufiste qui joue ailleurs ". Pendant ma carrière de joueur, j’ai vraiment pu vérifier ce qu’il ma dit se jour là, et cet interview après 9 ans en Charente maritime et 7 ans licencié au club de Saintes en sont une illustration.

Mon club c’est le SCUF ! Bien sur que j’ai un regard sur les résultats ! D’une part de façon hebdomadaire au travers des excellents résumés de François Guillermet, chaque dimanche soir, j’attends ce petit mot venu de la civilisation pour savoir ce qu’on fait les p’tits gars. Et d’autre part grâce aux amis que j’ai conservé au club ou satellite d’icelui, tel Lionel Busson notre bien aimé président (c’est bien le terme consacré il me semble ?), Thomas Schwartz, Jérôme Hospital et dans les satellites Bruno Nabet et Jean-Marc Hanna. Le cas de Jean-Marc est un peu plus équivoque puisque, plus que satellite, il réuni à lui seul nébuleuse et comète. Référence faite à son humour pour le moins nébuleux car est-ce lui qui s’emmêle les crayons ou bien nous qui n’avons rien compris ? Et comète puisque comme elle, dont on ne sait jamais si on l’a vue, on ne sait jamais si on a vraiment saisi le sens de son propos et a-t-il vraiment parlé d’ailleurs ? Toujours est-il que par ces intermédiaires je suis assez au fait de l’aventure scufiste. J’ai d’ailleurs saisi l’occasion quelquefois de m’exprimer sur le groupe à ce propos.

Les résultats inconstant bien sûr m’attristent mais j’ai parfois malheureusement l’impression que là aussi il s’agit presque d’une tradition scufiste.

 

3 - As tu quelques gros souvenirs scufistes, sportifs ou pas, à nous faire partager ?

Tout a fait le genre de question à me poser après l’apéro et un bon repas si tu n’es pas pressé d’en finir ! Bien sûr 15 ans au SCUF, beaucoup de souvenirs. J’en retiendrais malgré tout deux dans le domaine sportif. Le match de la remonté en troisième division en 1993 et par extension toute la saison. Nous étions réellement programmés pour la montée. Depuis le premier entrainement de septembre tous les matches n’étaient que des préparations au match de montée, quasiment obsessionnel. Ascension joué en deux matches aller retour d’ailleurs. Le match aller porte de Choisy dans la cuvette du 13ème, le Diên-Biên-Phu de nos adversaires (dixit Stéphane Ripoll). Charmante après midi printanière avec bagarre générale dans le tunnel avant le match, puis re-bagarre après le coup d’envoi. Finalement nous remportons les matchs aller et retour avec une équipe pour le moins solide. La photo est d’ailleurs en ligne sur le site du SCUF, il s’agit de la photo d’avant match contre Saint-Dié des Vosges notre adversaire lui aussi candidat à la montée. Le retour de Saint-Dié, puis la soirée (la nuit devrais-je dire) au Gulf Stream chez Daniel Bourrel sont aussi un excellent souvenir extra sportif. Une belle java (dodo à 10h du mat) mes élèves du lundi matin m’attendent peut-être encore.

Second souvenir, un match contre Bobigny ou Michel nous avait concocté un échauffement dans le vestiaire, il nous a insulté, insinué que nous étions adepte de pratiques douteuses consistant à se faire introduire dans le rectum par un camarade de jeu une partie de son anatomie formé de corps caverneux.

Bobigny alors était plutôt bien placé et nous plutôt mal placé. Aussi, il était à la recherche de LA recette nous conduisant à la victoire. Nous jouions à Bobigny le samedi en nocturne avec une équipe formée de quelques noms que beaucoup d’entres nous connaissent encore. Michel Bonthoux, Rémy Charousset, Doumé Chiarabini, Jeff Richard môssieur le guerrier, Xavier Gousse à l’ouverture était ce soir là dans une sorte d’état de grâce qui fait que dès qu’un ballon touchait son pied, c’était trois points. Bon j’exagère peut être un peu mais c’était un truc du genre. Et Peter Mac Naughton. Au petit jeu de la liste j’ai certainement perdu, oublié des gens, désolé, désolé encore désolé.

Donc fidèle à notre habitude d’alors, nous nous faisons balader, amuser et la musette s’alourdie, a la mi-temps 25 – 0.

C’est alors que michel nous rappelle qu’effectivement nous sommes plus proche de la troupe à Béjart que dignes héritiers d’un certain Ambriorix Crosnier. Après un petit rappel sur notre propension à présenter notre postérieur à qui veut, le match reprend. Et là, changement de ton. Devant le nombreux public Balbynien, nous entamons une homérique remontée pour finir par gagner sur le score de 27 – 25. Un réveil en fanfare, un match ! Et peut être pas loin de 20 ans après, un souvenir de choix dans mon petit panthéon scufiste.

Dans cette galerie de souvenirs chers à mon cœur, impossible de ne pas citer Jean-Claude Jaffré, Môssieur la Gaufre. Toujours présent, fidèle parmi les fidèles sa gouaille toujours en fond sonore résonne encore en moi aujourd’hui et je profite de ces lignes pour le saluer parti qu’il est rejoindre nos anges scufistes.

4 - Rencontres tu encore des joueurs, as tu gardé des contacts ?

Comme je l’ai dit plus avant, les quelques affreux en fin de carrière qui comme l’a indiqué Lionel (bien qu’il ne m’ait pas cité comme tel, mais bon ça se comprend je ne vote pas à l’assemblé générale) sont des amis pour la vie.

Et puis lors de mes visites à la capitale, quand je peux le jeudi partager quelques verres et une petite assiette au canari cela me permet de garder le contact. Je n’ai pas encore eu le plaisir d’être présenté au père Pouchet mais je brûle d’impatience.

Pour finir sur les contacts, je repense à mon dernier voyage à Paris et les quelques verres partagés avec Bruno Nabet, Vincent Barbe et Sébastien Chouraqui, un excellent moment. Je me dis qu’avec des gens de cet acabit, le SCUF n’est pas mort et leur cœur à eux aussi est composé de ventricules noir et blanc.

 

5 - Quel est le principal conseil de grognard que tu pourrais donner aux jeunes qui débarquent au SCUF ?

 

 LE PRINCIPAL ? Difficile, très difficile. Question rugby, technique engagement, je vois dans mes mails que beaucoup se chargent déjà de donner des conseils. Et pas mal de joueur ou ex-joueurs on beaucoup plus de légitimité à conseiller que moi.

On dit jouer au rugby, aussi pensez à vous amuser, prendre du plaisir sur un terrain. Je revois Jean-Pierre Petitet en Junior nous dire alors que nous étions mené 40 – 0 à la mi-temps contre le PUC : " bon maintenant les gars, pensez à vous amuser " !

À ma première sélection en équipe de Paris j’avais 18 ans et c’était la première fois que je voyais des mecs mettre des coups de tronche dans les murs. Et moi assis sur mon banc, je ne comprenais absolument pas ce qu’ils faisaient. Merci les Jean-Pierre de nous avoir épargné ça !

Pour s’amuser au rugby, la recette est simple, il faut être fort. Aussi donnez vous les moyens d’être fort, bossez, respectez vous et respectez les centaines, les milliers de joueurs qui on donné leur sang et leur sueur pour que vive notre maillot noir et blanc pendant 112 ans !

 

6 - Si t'as quelquechose à rajouter ?

J’en ai déjà dis beaucoup, vous allez être obligé de le publier en épisode cet article.

Après 15 ans passé au SCUF, j’ai croisé beaucoup de joueur, autant d’êtres humains qui m’ont accompagné, m’ont construit, et sont aussi pour certains responsable de mon alcoolisme notoire. Sans eux tous, mon sang ne serait pas noir et blanc et je ne serais pas l’homme que je suis aujourd’hui.

Dans les grandes tribunes de par-delà les nuages qui portent nos anges, je sais que ma place est prête avec une épitaphe scufiste du genre " vous voyez bien qu’il était malade ! ", j’y rejoindrais nos glorieux ainés, des amis qui auront eu le mauvais goût d’y partir avant moi et notre ami La Gaufre. Puis, tous ensemble nous continuerons de pester en regardant jouer des petits noirs qui quand même n’en foutent pas bien lourd !

A notre époque c’était quand même autre chose !