. Interview Jean-Michel Guignard - 25 ans en tant que joueur au SCUF : (réalisé le 17/12/2007).
| Fiche
d'identité Nom - Prénom : Guignard Jean-Michel Date de naissance : 2 septembre 1965 Poste : Talonneur et, accessoirement, balanceur en touche Taille - Poids de forme quand tu étais joueur de haut niveau : 1m71, quant au poids de forme de joueur de haut niveau, je nai jamais soupçonné quon puisse être un joueur de haut niveau au SCUF ! Disons entre 70 et 80kg en fonction des années et des squats de muscu de lever de coude Situation maritale : divorcé, 2 enfants Profession : professeur des écoles ; en clair instit, mais il parait que ça fait mieux Mais le boulot est toujours le même Quant à savoir si cest parce que jaime les gamins, je rappelle toujours que seuls les pédophiles arrivent à aimer ces gnomes incontrôlables je préfère encore les femelles humaines. |
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1 - Ta carrière rugby ?
Cest une très longue histoire qui débute en 81 Avec quelques potes, équipe du lycée Jacques Decour au niveau cadet. On finit champion de Paris scolaire : mon seul titre ( ! ) en 26 ans.
On part tous prolonger notre apprentissage rugbystique au SCUF niveau cadet 2, aiguillé par notre coach du lycée.
Cest en junior que nous faisons la rencontre décisive : licône, le grand maître, le guide : Jean-Pierre Petitet ! Nous lui devons beaucoup ! Il représente lesprit même du SCUF : lamour de ce jeu, le goût de lengagement total, la capacité à gérer avec sourire, flegme et intelligence les milliers de galères scufistes ; et, tout ça sans jamais se prendre au sérieux, et, chose incroyable, sans jamais avoir roulé au pied dun comptoir Ce nest certainement pas le plus grand technicien [à part pour le placage obus dans les genoux ), mais des générations de scufistes lui doivent des souvenirs impérissables.
Donc, en junior, Crabos à lépoque, nous perdons plus souvent que le contraire mais nous nous forgeons un esprit de corps indestructible à limage de notre mentor : du moment quon séchappait pas au placage, il était satisfait Je jouais avec les Bejanin brothers ( Jerome et Olivier), François Lormeau, Thierry Massy, puis avec Fred Laplaze qui sétait « perdu » à lASPP Jétais arrivé centre du lycée, mais, ayant toujours préféré le cadrage poussé au débordement, je passais devant.
Jai
plus de mal à faire lhistorique de mes années senior ;
de 20 à 36 ans, ça en fait des batailles
16 ans de fidélité,
excepté 2 ans de coopération en Tunisie où jeus
toutefois le bonheur dexploser la mâchoire dun
« ennemi » de la folklo du PUC en tournée dans le
coin ( pas avec une bouffe, chose qui me répugne car cest
un aveu de faiblesse voir de connerie, mais dun bon
nettoyage régulier au casque
).
Donc, 16 ans en 3ème
div, en honneur, en promotion dhonneur, en 3 jeunes avec
des dizaines dentraineurs tels Pouliquen ou Bonthoux
version jeunot, à Pouchet, à la Cipale, à Pershing, à
Fontainebleau, à Reims ou dans dimprobables dimanches à
Gravenchon, Verdun, Vierzon ou Nuits Saint Georges ; mais,
surtout des centaines de moments de partage avec les mecs simples
et pas cons que notre chère auberge espagnole du SCUF semble
attirer.
Vu mes qualités rugbystiques limitées, jai rarement joué en première à part deux années sous lère Pouliquen avec mon frère darmes Olivier Bejanin à la mélée, mais jai toujours pris un plaisir infini à donner mon corps au club quel que soit le niveau ( ma tête aussi à lépoque où lon aimait pas les talonnages trop audacieux ! ).
Puis, à 36 ans, après des années de jeudis glauques dans la boue putride et nauséabonde de Pouchet ( ! ), jai répondu à lappel de Jerôme Bejannin à le rejoindre dans la confrérie glorieuse des Vieux Cochons où la condition physique est laissée à lappréciation personnelle du porcin.
Jy attend depuis avec plaisir et enthousiasme le couteau du boucher des espérances rugbystiques

2 -
Comment expliques tu ta longévité dans ce sport ?
Cela ne sexplique pas ! Jai passé ma vie à me rouler dans la fange et à remuer de la viande chaque week-end. Une semaine sans combattre est une semaine incomplète voire inutile !
Jaime aussi cette communion autour dun même objectif futile donc indispensable. Retrouver les potes des Vieux Cochons chaque samedi, se dépouiller ensemble et deviser autour dune mousse réparatrice, cest inestimable.
Pourtant, jai mille raisons darrêter : jhabite à 50 kms de Paris, jai la charge de mes deux bambins, je bosse comme un âne pour mon boulot et, surtout, je loupe toujours les promos week-end dIKEA.
Dailleurs, jai arrêté une saison il y a deux ans, à cause dun genou récalcitrant et pensant que mon heure était passée. Mais, jétais invivable et les week-ends étaient une souffrance.
Donc, maintenant, carpe rugbyem : je donne tout ce que je peux, et nos vétérans hyperactifs, Manu Enriquez et Corbier me donnent lillusion davoir encore un avenir sur le pré.
Enfin, je me réjouis de jouer encore au côté dOlivier Bejanin et Fred Laplaze qui étaient déjà avec moi au lycée en 81 Et de voir JP Petitet de temps en temps derrière la main courante
3 -
Aujourd'hui as tu encore un petit regard sur les résultats de l'équipe
1 du SCUF ?
Bien sûr, et jen rends grâce à François Guillermet avec sa livraison du dimanche soir : cest plus complet quune ligne dans le jaune
Vu mes charges et mes aventures du samedi, jai rarement été les voir jouer. Néanmoins, linconstance et les lacunes techniques qui semblent se perpétuer me laissent espérer du SCUF de toujours !
4 - Le rugby du temps où tu as commencé à jouer et aujourd'hui, il y a 2 mondes. Tu as su t'adapter ou tu gardes les principes de l'époque pour jouer ?
Putain, jai commencé il y a si longtemps ? Les ballons nétaient pourtant plus des vessies de porcs farcies et jai jamais vu Lucien Mias à Colombes !
Bon, ce qui est vrai, cest quavant, au sol, cétait la guerre et en lair cétait le bordel. En mêlée, le talon était une cible : heureusement, jai un gros pif protecteur et jai toujours considéré que les tireurs y perdaient leur lucidité : quand tu ouvres la boîte à gifles, tu y perds ton rugby ; il y a tellement dautres occasions légales de châtier tes adversaires
Bref, même si le rugby dantan avait ses charmes guerriers, jai appris à ne plus jeter mon crâne inconsidérément dans les rucks ( de mon temps, ça sappelait des regroupements, voir des empilages ). Je reconstitue avec obéissance le rideau défensif
De même, depuis les lifts en touche, je me sens plus responsable de leur réussite ; avant, le lancer était aussi aléatoire que limpulsion des sauteurs.
Par contre, il reste les incontournables. Lagressivité offensive et défensive, la volonté de ne rien lâcher quel que soit le score et lamour de ton coéquipier. Sur un terrain de rugby, il ny a que quatre cerveaux : le 8, le 9, le 10 et le 15. Les autres doivent surtout avoir du cur et des couilles !
5 - Tes grands souvenirs scufistes c'est avec la 3 Vieux ou tu en as d'avant à nous faire partager ?
Heureusement mes grands moments ont commencé
avant les VC ! Tout dabord, comme je lai déjà
dit, tous les matchs de cadets et de juniors : les dimanches
matins où lon se retrouvait lil vitreux et le
regard hagard après une boum dados bourrés.
La finale Toulon-Toulouse en 83 où lon remettait le Bouclier avec François Lormeau : la finale du siècle au bord de la pelouse. Inoubliable.
Les déplacements en 3ème div avec le très regretté La Gaufre au micro du bus. On partait à 5h du mat, on revenait complètement imbibé à 1h du mat et le président devait trouver une nouvelle compagnie de cars
Strattford upon Avon, of course !
Les jeudis et le dimanches soir boulevard Morland avec lirremplaçable Daniel Bourrel derrière le comptoir : ça durait jusquau bout de la nuit.
Lessai de la descente à Fontainebleau. Mythique ! En plus, sur le chemin, je détruis ma voiture dans un carambolage sur lA6. Je descends à Fontainebleau pour assister au moins au maintien du club dans ce match de la dernière chance. Et, là, tout au bout dun match merdeux que nous menons de 2 points Je laisse la tradition orale relater les faits aux plus jeunes
Une victoire 7 à 3 avec la 3 jeunes contre le Métro ; cétait David contre Goliath ! On a défendu comme des morpions et on marque sur un seul contre. Epuisant et jouissif.
Enfin, plein de matchs avec les Vieux Cochons ! Et les homériques tournées porcines !
Et, puis bien sûr, encore quelques dizaines dannées de grands moments rugbystiques pour moi En tout cas, lévolution actuelle des VC me laisse plein despoirs. Sous limpulsion de lancien président Jérôme Bejannin et du nouveau Fabrice Mirjol, nous tournons avec de nombreux nouveaux joueurs qui sont venus apporter leur enthousiasme et leurs jambes. Dailleurs, allez suivre nos aventures sur notre blog :
http://lesvieuxcochons.blogspot.com/
6 - En
dehors des Vieux cochons as tu gardé des contacts avec d'anciens
joueurs ?
Malheureusement, très peu ! Il faut dire quil y en a peu avec qui jai joué ! Néanmoins, je suis toujours ravi de croiser les Schwartz brothers ainsi que le father qui a donné sa vie au club, en plus de ses deux fils, celui qui tchache et celui qui plaque. Et bien sûr le président Lionel.
Oh, mince, jai rien compris à la question : je parle de joueurs actuels au lieu danciens !
Tant pis, tout le monde deviendra bientôt un ancien joueur comme moi. Mais personne ne nous aura volé notre jeunesse !
7 - Quel est le principal conseil de grognard que tu pourrais donner aux jeunes qui débarquent au SCUF ?
Jaimerais juste que les jeunes scufistes profitent autant que moi de leurs aventures rugbystiques.
Pour cela, il suffit juste de remettre les choses à leur place !
Le rugby nest le métier de personne.
On semmerde suffisamment la semaine pour ne pas le faire le week-end.
On ne sentraîne pas lhiver sous la pluie glaciale pour être performant comme lexige notre gonflante société libérale ( cestm on côté marxiste, encore un vieux truc disparu ) mais pour ne pas décevoir nos 14 potes et les regarder dans les yeux.
Il ny a ni honte à perdre, ni gloire à gagner : il y a juste du plaisir à partager.
Jeune scufiste qui tentraîne sur la moquette de Pouchet, noublie jamais les centaines danciens qui ont poussé dans la boue fétide et rugueuse de cette ancienne décharge. Une pensée spéciale à Christophe Nivoix qui est revenu gambader sur les prés après avoir vaincu une sale tumeur au cerveau : voilà un vrai guerrier !
Bises reconnaissantes à tous ceux avec qui jai partagé.