. Interview Jacques Epelbaum - Talonneur au SCUF (fin 70-début 80) puis dirigeant au sein de l´école de rugby : (réalisé le 07/10/2007).
| Fiche
d'identité Nom - Prénom : Epelbaum Jacques Date de naissance : 11 mai 1950 Poste : Talonneur Taille - Poids de forme quand tu étais joueur : 1m71, 84 kg , mais cétait plutôt mon poids de formes Disons que la diététique nétait pas ce quelle est devenue aujourdhui. Situation maritale : Marié, un fils non rugbyman Profession : Chercheur scientifique en Neurosciences, spécialité Neuroendocrinologie (doù probablement la qualité hormonale naturelle) |
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1 - Ta carrière rugby ?
Ma carrière rugby a commencé à 10 ans chez les Eclaireurs de France !
Etant fils unique, ma maman avait décidé que je devais partager des activités communes avec des petits camarades. Je me suis donc retrouvé au louveteaux au groupe CHB qui se réunissait au Lycée Carnot (très proche de la rue de Chazelles, cétait prémonitoire). Un Noel que jétais resté à Paris, la troupe avait organisé des sorties et, dans lune dentre elles, jai rencontré les frères August, Patrick Gérald et Eric qui, je lai su bien plus tard, étaient lossature de léquipe de rugby de St Denis. Eric est dailleurs devenu international Aau Racing puis à Dax et son fils Benoit fait une belle carrière professionnelle. Quoiquil en soit, Patrick, laîné nous a initié à la soule. Moi qui était un peu rembourré et pas très rapide, çà ma tout de suite plus. Si on ajoute Roger Couderc à la télé et Denis Lalanne et son grand combat du quinze de France, il ne ma pas fallu longtemps pour demander à mes parents de faire du rugby. Mais ma maman na pas voulu. Elle trouvait que cétait trop brutal. Alors elle ma inscrit au tennis de table au Stade Français, puis au Basket que jai pratiqué en benjamins et minimes. Jai même été capitaine des cadets 2. Mais, à 15 ans, je culminais à 1m71 et on ma gentiment fait comprendre quil valait mieux changer de sport.
A 16 ans, déjà un peu têtu et un peu moins obéissant, je me suis inscrit (sans le dire à ma mère) à la section rugby du Lycée Jacques Decour ou un prof. dEPS (on disait gymnastique) passionné, Monsieur Costes, a formé plusieurs générations de scufistes. Il ma positionné en troisième ligne aile et jadorais ce poste. Malheureusement, les résultats scolaires nétant pas à la hauteur des espérances parentales, jai dû arrêter de jouer pour me focaliser sur les études.
Le bac en poche, jai intégré la fac des Sciences en 1969. Très sérieux, je ne me suis pas inscrit à lAS la première année. Mais parmi mes condisciples se trouvait un scufiste, Jean Pierre Maurianges, qui ma poussé à le faire dès la deuxième année. Cétait Pierre Bouteilly, un autre scufiste, qui tenait lAS. Il y avait trois équipes aux Sciences et la première tenait le haut du pavé dans le championnat universitaire, avec une ossature scufiste. Jai commencé en équipe trois et là on ma positionné en pilier gauche. Jai joué deux ou trois saisons et, jai signé au SCUF après une tournée mémorable derrière le rideau de fer, en Bulgarie. Patrick Farge qui était le talonneur de la première au SCUF doit sen rappeler : on avait un " accompagnateur " bulgare qui ne nous quittait pas dune semelle et Patrick était même passé à la télé pour renforcer lamitié entre les jeunes sportifs bulgares et français, amitié symbolisée par les pioches et les pelles quon nous avait fournies pour quon fasse semblant de les aider à construire un avenir radieux, cétait encore lépoque des lendemains qui chantent ).
A lépoque, le SCUF était en 3eme division et il y avait 5 équipes séniors avec la réserve, la Bouteilly (plus tard Boutiga) qui était léquipe des Sciences, une trois dite jeune et puis lautre trois où jouaient surtout des anciens de la fac de droit. Bizaremment, jai plutôt joué dans cette dernière équipe, de nouveau en troisième ligne aile, ou jai rencontré Monsieur Lucien Attal, le seul joueur, en vingt ans de rugby, dont la feinte de passe marchait à tous les coups. Cétait un seigneur.
De temps en temps, josais aller à Chazelles et descendre dans la piscine, endroit mythique ou les joueurs vedettes de la première venaient commencer leurs troisième mi-temps et où nous, joueurs de la trois, pouvions les admirer.
De 1975 à1977, jai fait mon post doc à Montréal où jai rapidement rejoint un club de rugby, Le Town of Mount Royal Rugby Club. Jétais le seul français dans le club. Il y avait deux équipes formées presque exclusivement dexpatriés. Jai intégré la deux et jai joué avec des anglais, des écossais, des néo-zélandais, dabord en troisième ligne mais vu les gabarits, jai décidé dessayer au talonnage. Il faut dire que dans le club se trouvait un talonneur, ancien sélectionné provincial néo-zélandais et jai beaucoup appris à son contact (plutôt rugueux, le contact). En plus, il sest blessé et jai fait toute la deuxième saison en première. Comme on avait reçu le renfort de trois australiens dont un super demi de mélée on sest même qualifié pour le championnat inter province dans lequel on a rapidement été battu par le champion de lOntario.
Un de mes très grands souvenirs québecquois a été la victoire du XV de France du grand schlem de 77, retransmise en léger différé au club House ou jai chanté la Marseillaise debout sur une table pendant que les anglais du club faisaient la gueule.
Au retour en France, jai rejoint le SCUF qui venait de rater dun rien la montée en deuxième division et surtout le rugby universitaire. Cétait Pépé Lepvrier, toujours un scufiste, qui avait repris le rugby à lAS et nous avions une très grosse équipe, avec beaucoup de scufistes (Pierre Edouard Detrez, qui allait devenir international, Patrick Devriendt, Jean Rauffet, etc ), quelques pucistes (Haget, Raynal, Serres-Cousines, Moulène, ce dernier bientôt Scufiste) et racingmens (Decrae, encore un international, Chiarabini, le frère du nôtre). On a été jusquen ¼ de finale du championnat de France universitaire. Cétait aussi lépoque des championnats interCHUs, organisé par le étudiants en médecine, et on samusait vraiment beaucoup. Au SCUF, je jouais maintenant dans la Boutigua, avec une pige de temps en temps en réserve. Faut dire que la concurrence était rude au talonnage avec Patrick Farge, déjà cité, et John Kahan. Je crois que lentraîneur de lépoque, Christian-faîtes vous durs- Pouliquen mavait fait jouer un ou deux matchs en première. Lentraînement, pour ceux qui y allait,cétait une fois par semaine au stade Suffren, sous la Tour Eiffel et puis on allait boire des canons au café du même nom vers lécole militaire. Les mètres de kir nétaient pas rares
Pour moi, jusquà là, le rugby était
vraiment un loisir et ce nest donc quà 29 ans que
jai commencé à y jouer sérieusement : la faute à
André Celhay. Il venait de prendre lentraînement et il a
été chercher plusieurs joueurs dans la trois, décidé à
rajeunir léquipe première pour la saison 79-80. La règle
cétait tous ceux de plus de trente ans en réserve. Du
coup, tous nés en 1950, Laurent Collet-Billon ( le général),
Patrick Devriendt (le phoque), Daniel Bourrel (Danibou) et Pierre-Yves
Isnard (le mulet), on formait lossature du pack , avec
derrière quelques petits jeunes comme les frères Gervais,
Bernard et Gérard (Gégé, ty es ?, seuls les anciens
peuvent comprendre
), Philippe Hazantcheef et un arrière
quon aurait pu surnommé le cheveu-chié des Walkyries
puisquil sagissait du (pas encore) président (mais
déjà chauve) Pascal Wagner. On ne sentraînait toujours
quune fois par semaine au stade Suffren. Puis, avec
larrivée des frères Hamet, de Larribeau, Galland et
Rimaux on est monté en deuxième division.
Pour le match de la montée contre Meaux, notre capitaine Jean Yves Hamet utillisa une tactique tirée dun match contre Compiègne pendant la saison régulière. Ce jour là, lentraineur avait décidé dinnover et de nous faire une préparation davant match " psychologique " dans les vestiaires en nous proposant des gifles deux par deux. Un certain troisième ligne, un peu fragile (il se reconnaîtra surement) avait complétement dégoupillé et se fit sortir sur brutalité dès le début du match. A 14 contre 15, pendant tout le match , on le gagna ! Du coup, voyant que nous étions mené à la 60eme minute du match de montée, Jean Yves se fit sortir et dans laction qui suivit nous marquions un essai par notre ailier Galland, bientôt suivi par celui de Pabst. Nous allâmes jusquau quart de finale , joué à Soyaux près dAngoulême le 10 mai 1981, la date est restée célèbre Malheureusement, je nai pas fait le retour en train avec léquipe mais daprès la rumeur, il fut mémorable : la moitié de léquipe ayant voté pour Mitterand et lautre pour Giscard. Nos deux supporters historiques, la Gauffre et la Patente refusant de se passer leurs pâtés respectifs
La montée a fait venir pas mal de joueurs (le Guillard de Canal +, par exemple, qui a joué une saison avec nous) mais surtout une tripotée de joueurs de la nationale B du Racing. Nous avons fait quelques stages de début de saison mémorables pour la préparation rugbystique et gastronomique, entre Arcachon (les huitres et les saucisses) et Saint Céré (le cassoulet et le foie gras). A linitative de notre ouvreur Bernard Gervais et de quelques autres, nous avons acheté un café, le Brennus, rue dAnjou, en face du cénotaphe de Louis XVI. Je ne sais pas si cette proximité a joué un rôle mais, fidèle à notre tradition nomade, il a rapidement fait faillitte Ensuite, il y a eu le SCUF dream, même motif, même punition. Jai joué régulièrement en première jusquen 1984, puis ai rejoint mon corps dorigine, léquipe 3 pendant encore quelques années.
2 - As tu pris directement la tunique de dirigeant à l'issue de ta carrière de sportif ?
Cest Jean Louis Igarza qui soccupait de lécole de rugby quil avait remontée à la porte dIvry, qui ma contacté. Javais un fils en âge de commencer et je ly ai emmené. Il na pas mordu mais moi si. Cest comme çà que je me suis retrouvé à entraîner les benjamins avec Joël Beucher, encore un ancien des Sciences. Puis Jean Louis a passé les rênes du pouvoir à Peter Macnaughton avec qui je suis reparti avec une génération de poussins que je suis actuellement en juniors. Ayant peu de disponibilités, et naimant pas trop les examens ni les réglements imposés, jai toujours refusé de passer des diplômes fédéraux. Je suis donc maintenant " manager " ce qui consiste en acheter des oranges, écrire la feuille de match et passer du bon temps à regarder des matchs au bon air, tout en essayant de faire passer lidée que le rugby nest quun jeu , quil doit le rester et que le pratiquer est une grande chance. Je peux me tromper mais jai limpression que pour certains, ce message passe encore.
3 - Aujourd'hui as tu encore un petit regard sur les résultats du SCUF ? Et le rugby en général tu le suis comment ?
Grace au site du SCUF, je suis effectivement les résultats. Je vais à Carpentier une ou deux fois par an. Ca me permet de revoir quelques têtes connues et de vérifier que plus çà change, plus cest la même chose. Chaque année nous avons des ambitions (comme de mon temps) et chaque année on se plante (comme de mon temps aussi). La seule fois où nous avons réussi, cest probablement parce que nous avions un entraîneur suffisamment barjot pour nous faire croire quune bande de rigolos sans ambition aucune était plus capable quelle ne le croyait.
Quant au rugby en général, je suis abonné à Canal + (et au gaz, comme la Gauffre ) et regrette que les retransmissions des matchs de la coupe du monde aient été attribuées à une chaine qui ne sintéresse quà laudience et na pas la qualité technique suffisante ni pour les retransmissions ni pour les commentaires. Jai néanmoins particulièrement apprécié la victoire de lArgentine sur la France, un match où on a vu la différence quil y avait entre des joueurs responsables et capables de voyager sans leurs mères et une équipe sous influence
4 - As tu quelques gros souvenirs scufistes, sportifs ou pas, à nous faire partager ?
Pour les souvenirs, il me semble que jen ai décrit pas mal ci-dessus. Une de mes grandes fiertés est que parmi les enfants que jai entraînés, il y en a un qui est devenu champion du monde des moins de 21 ans, Jacques Boussugue, qui a commencé le rugby au SCUF et que jai eu le plaisir de revoir lors du centenaire de Strattford.
Un souvenir personnel : Je ne sais pas dans combien de club en France, une première ligne pouvait être composé dun antimilitariste ( à lépoque moi) entre deux types qui devaient devenir généraux !
5 - Rencontres tu encore des joueurs, as tu gardé des contacts ?
Depuis la disparition de la Gauffre, nous avons un repas danciens qui se tient environ une fois par mois au Suffren. Jai mentionné Jean Claude plusieurs fois dans cet interview. Pour moi, avec la Patente et Bruno Martin Neuville, il symbolise vraiment le SCUF et lesprit parisien du rugby. Il ny a pas de grande équipe sans grands supporters et sans grands dirigeants. Si en plus tu rajoutes un grand entraîneur et des joueurs motivés, cest gagné.
6 - Quel est le principal conseil de grognard que tu pourrais donner aux jeunes qui débarquent au SCUF ?
Faîtes vous plaisir. Le rugby nest quun jeu mais il faut le jouer sérieusement. Ce nest pas un hasard si en anglais on parle de rugby game et de test match. On joue au rugby pour se tester, et les tricheurs ny ont pas place.
Si t'as quelquechose à ajouter ?
Jaime bien cet aphorisme de Jean Pierre Rives : " le rugby, cest trente hommes et un ballon. Après, il ny a plus le ballon, mais il reste les hommes"