. Interview de Pierre-Edouard DETREZ : (réalisé le 15/02/2010)
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Prénom : DETREZ
Pierre-Edouard Date de naissance : 17/06/1956 à Paris Taille - Poids : 181 cm - 108 Kg Poste joué : Pilier Vie de famille : 4 enfants, dont Gregoire Detrez, international de Handball - Champion d'Europe en 2010 Carrière de joueur :
International avec le XV de France : (voir ci-dessous) Il a disputé son premier test match le 19 novembre 1983 contre l'Australie et le dernier contre les All Black néo-zélandais, le 28 juin 1986. Barbarian français en 1983 contre l'Australie. Carrière d'entraineur :
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On connaît tous ta carrière de joueur dans l'élite du rugby, mais
pourrais tu nous parler de l'avant 1978 où tu signes au Racing ? Si je me souviens
bien, mon intérêt pour le rugby a dû commencer au milieu des années 60, alors
que j’avais une dizaine d’années. Mon désir de le pratiquer croissait d’années
en années. Mais las, mon père ne cessait de me répéter, à chaque fois que je
lui faisais part de mon souhait : « Non ! Tu ne feras pas de
rugby ! ». Les rencontres du
tournoi regardées à la télévision chez ma grand’mère, sous couvert de révisions
scolaires, et ses anecdotes concernant mon grand-père qui avait évolué sous le
maillot du Stade Français au début du siècle, ne suffisaient pas à satisfaire
mon vœu de pénétrer davantage ce qui n’était encore à mes yeux qu’un sport. Années après années, à
ma lancinante question revenait sans cesse cette cruelle réponse : « Non !
Tu ne feras pas de rugby ! ». Certes, l’opportunité de m’exprimer
dans des activités sportives m’étaient accordée ; ainsi j’ai pu pratiquer à
loisir équitation, escrime, basket-ball, hand-ball et, vers mes quinze ans, et
ce à un niveau de compétition relativement élevé, la natation. S’il est vrai
que je n’économisais ni mon temps ni mes efforts dans ces pratiques, qu’elles
soient collectives ou individuelles, elles ne compensaient en rien mon désir de
jouer au rugby. Les jours passaient.
La réponse sans cesse réitérée « Non ! Tu ne feras pas de rugby ! »
n’empêchait en aucun cas le monde de vaquer à ses occupations (Quelle injustice !).
Ainsi s’annonça l’année 1974.
Avec quelques copains de lycée, nous nous mettons
alors en chasse pour trouver un club susceptible de bien vouloir nous accueillir.
L’un d’entre eux, Drouin, qui avait pratiqué précédemment sous les couleurs du
PUC, me parle un jour d’un club dont la situation géographique devrait pouvoir
nous permettre de le rejoindre régulièrement sans trop de difficultés : le
SCUF, dont le siège, rue de Chazelles, et surtout le terrain d’entraînement des
juniors, porte Pouchet, nous apparaît clairement accessible. Quelques années après je m’ébahis encore en
constatant comment le hasard des implantations géographiques a été le vecteur d’une
‘’chance’’ inespérée, non seulement d’un
point de vue purement sportif, mais plus encore sur le plan des relations
humaines. Si le temps s’est permis d’ôter de ma mémoire certains patronymes, les visages de mes coéquipiers de l’époque restent bien gravés dans ma mémoire. Mon premier entraîneur fut Lucien Attal, qui me dégrossit techniquement, et qui a su développer un état d’esprit chez ces ‘’chers’’ juniors en phase avec la philosophie du SCUF. Comment pourrais-je oublier l’accueil réservé par des Barrize, Dessaigne, ‘’Boroche’’ Borenzsjtein, Péchemèze, Entrejelbert et consorts ? Sans oublier Bouthier que l'on s'étonnait de voir jouer avec nous alors qu'il avait un niveau bien supérieur, et qui fit une belle carrière d'entraineur et de tacticien es-rugby sous les couleurs du Racing CF. Si bien que je ne tardais pas à débaucher mon grand pote, Fred Bolling, à l’époque émérite défenseur dans une équipe de foot, qui non content de rejoindre ‘’la grande famille du rugby’’, vint évoluer lui aussi au SCUF.
Rapidement,
accompagné
d’Antoine Pabst, je fus sollicité, bien
qu’étant junior, pour participer à
quelques rencontres de l’équipe 1 du SCUF, qui
évoluait en troisième division.
Notre première rencontre avec ‘’les
grands’’ eut lieu à Meaux, club redouté
à l’époque
de par sa pratique d’un rugby de combat (doux euphémisme),
dans lequel évoluait
en seconde ligne un certain Laffont, dont le jeu au pied était
connu de tous
ses adversaires (!) et qui quelques années plus tard su se faire
craindre tout
autant au sein de la commission de discipline par les quelques vilains
trublions qui ne savaient ‘’se tenir’’ lors de
leurs joutes dominicales. Pour ce premier match
j’évoluais au poste de N° 8, tandis qu’Antoine jouait flanker. Croyant pouvoir contredire les paroles de la chanson de Barbara selon laquelle ‘’… tout le temps qui passe, ne se rattrape guère, … tout le temps perdu, ne se rattrape plus’’, je m’engage alors dans une gloutonnerie rugbystique : le mercredi après-midi matchs universitaires (avec les Epelbaum, Decrae, Chiarabini, Olivier Serre Cousiné, avec qui j’allais jouer une saison sous les couleurs de Nîmes, Patrick Devriendt, Jean Rauffet, Pierre-Michel Bonnot et tant d’autres), le samedi matchs ‘’corpo’’ notamment avec la BNP, sous fausse licence et sous le nom de ‘’Legagneux’’, le dimanche matin match avec les juniors et l’après-midi avec les seniors !!! D’aucuns auraient tiré la sonnette d’alarme … pour moi ce n’était jamais assez ! En vieillissant, le bonheur de pouvoir évoluer en
junior s’interrompt et je me ‘’contente’’ alors des entraînements du mercredi
soir à Suffren ... et des longues soirèes qui suivaient ! Les déplacements
dominicaux nous faisaient découvrir le plus souvent l’est de la France.
Evoluaient alors dans les rangs scufistes, tant en première qu’en réserves,
les Isnard, Jacques Schwartz (et sa montre), les frères Hagondokoff, Michel et Wlad, ainsi
que Bruno Martin-Neuville, Daniel Bourrel, Farge, ou son alter ego John Kahan,
l’impressionnant Lambert, Philippe
Asantcheeff, Saunois, Hossard, Igarza, les ‘’Hospitaux’’, Bouteilly, Lidon,
Poletti, Pouliquen,
Claverie, Petat ou Sainderichain (que j'allais retrouvé, alors
qu'il exerçait comme avocat à Alès sur un terrain
dans son rôle d'arbitre), encadrés, supportés,
abreuvés par les "La Gauffre", "La Patente", Kiki Giriat et sa fracture du col du fémur, et dirigés en hauts
lieux par le Docteur Martin, et sa véritable histoire du bouclier de Brennus,
ou Yvan Planchon. Je me souviens aussi des frères Gervais, des Peter
Mac Naughton, Pottier, Wagner,
… mais j’en oublie malheureusement tant
d’autres ;
qu’ils m’en excusent ! Les trop nombreuse
soirées au fond de la piscine de Chazelle, au Bedford Arms, au
Harry's Bar ou au Club-House, place de la Madeleine, ne sont
certainement pas étrangères à ces trous de
mémoire ! Que du bonheur ! Et au delà de l’aspect
sportif, quelle éducation humaniste !!!
Le SCUF perpétue chaque année la légende de la Rose Cup contre
Stratford. En 1977, tu réalises l'exploit, avec le SCUF, de gagner à
Pearcecroft. Tu t'en souviens ?
Si ma mémoire est bonne, je crois me souvenir que j’évoluais en troisième ligne et que, après un mouvement collectif d’envergure, alors qu’il apparaissait évident qu’un essai m’était promis, un soudain mouvement révulsif stomacal , bien meilleur défenseur sur le coup que nos ‘’adversaires britanniques’’ du jour, m’avait stoppé immédiatement dans ma course …
L'Equipe vainqueur de la Rose Cup 1977 pour le centenaire du club de Stratford : 1- Dessaigne 2 - Kahan 3- Dehors 4- Bolling 5- Hagondokoff W. 6- Pabst 7- Detrez 8- Hagondokoff M. 9- Pouliquen 10- Roques R. 11- Roussel 12- Lambert Ch. 13- Gervais B. 14- Layac 15- Petat
Comment as tu été amené à franchir le niveau supérieur en signant au
Racing ? En universitaire, je jouais avec la Fac de Sciences, dont l’équipe ASSU était dirigée de main de maître par ‘’Pépé Lepvrier’’. Dans celle-ci figuraient nombre de joueurs qui évoluaient au PUC ou au Racing, dont les deux Jean-Pierre, Decrae et Chiarabini. Ils ont parlé de moi au sein de leur club, si bien que le RCF m’a contacté. J’ai refusé une première fois de quitter le SCUF, mais, la saison suivante, alors que je m’apprêtais à remplir mes devoirs de citoyen dans l’exercice du service national, les ‘’dirigeants’’ du SCUF, ainsi que quelques joueurs, m’ont conseillé d’user de cette année ‘’sabbatique’’ pour tenter le niveau ‘’supérieur’’. Je n’ai passé qu’une saison au Racing, au
cours de laquelle j’ai évolué avec des joueurs tels les frères Folbaum, Benoit
Callot, Patrice Péron, Daniel Saubier, Michel taffary, Henry Giraud, … Une
contre-révolution culturelle interne m’a conduit, moi pur parisien,
à répondre favorablement aux sollicitations de l’A.S. Montferrandaise.
On peut s’interroger quant à savoir si mon activité au RCF n’avait pas été
celle d’agent recruteur pour le SCUF, compte tenu de la signature la saison
suivante de joueurs tels que Jean-Yves Hamet !
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Tu as été sélectionné 7 fois (5 + 2 non officielles) en Equipe de France, et 1 avec les
Barbarians. Au milieu de la centaine de matchs que tu as disputé en
championnat, ces matchs ont ils un parfum différent ? Bien
sûr !
Même si le rugby n’avait pas encore profité des
actions marketing portées par le professionnalisme, les
rencontres internationales avaient une saveur toute
particulière, ne serait-ce
que par la présence inhabituelle des média. Il n’en
demeure pas moins que ‘’mon
rugby’’ quotidien s’articulait essentiellement autour
des instants partagés
avec mes coéquipiers de club. Sans compter que même si je
n’ai pas à mon actif
un grand nombre de ‘’caps’’, j’ai eu tout
loisir de parcourir l’ Europe (des
nations britanniques à l’ Italie ou la Roumanie) et
le monde en
participant à quelques
tournées (Nouvelle-Zélande par deux fois,
Australie, Argentine par deux fois également, Japon,
Brésil, Paraguay).
Pas le moins du monde ! Cela s’est fait un peu par hasard. Alors que j’avais décidé, pour raisons personnelles, d’arrêter dès 31 ans le rugby de haut niveau, j’avais rejoint Daniel Saubier sous les couleurs du Stade Marseillais Université Club. Nous étions monté en seconde division. Daniel avait arrêté d’entraîner le SMUC. Son remplaçant avait fait les frais de mauvais résultats. Le président l’avait limogé début janvier et m’avait demandé de prendre la suite avec comme objectif s : 1° ne pas descendre, 2° nous qualifier pour les phases finales ; alors que nous étions en position de relégables. C’est comme ça que j’ai commencé. Il est vrai que la ‘’culture rugbystique’’ des ‘’vrais’’ smucistes marseillais de l’époque n’était guère éloignée de celle du SCUF. Ayant réussi le premier objectif, ayant échoué pour le
second, la proposition de poursuivre la saison suivante ne m’ayant pas été
faite, j’ai alors répondu aux propositions du Stade union Cavaillonnais qui,
recherchait un entraîneur-joueur … J’avais mis le doigt dans l’engrenage !
J’ai eu l’opportunité d’entraîner à presque tous les niveaux d’implication, de
la ProD2, dans un rôle spécifique de préparation aux mêlées et aux phases
statiques, jusqu’en promotion d’honneur. J’en ai appris que peu importait le
niveau auquel on évolue, mais que seul compte l’implication avec laquelle on évolue.
Question
difficile ! Je l’ignore. Cela fait maintenant plus de 20 ans
que j’ ‘’évolue’’
au sein du rugby du sud-est. Et le comité de Provence est le
seul que j’ai
connu dans des rôles ou situations autres que celle exclusive de
joueur. En outre, je ne sais si les quelques
‘’pratiques’’
que je réprouve sont liées à une situation
géographique précise ou sont le
fruit d’une évolution générale. Même
si je suis relativement impliqué dans le
rugby provençal’’ tant par mon activité au
sein de l’Académie des Premières
Lignes que par du bénévolat dans l’organisation des
matchs au stade vélodrôme
de Marseille ou encore dans des groupes de travail avec le corps
arbitral et
les CRT, l’ambiance générale ne répond
guère à mes aspirations. Tu diriges l'académie des premières lignes en Provence, peux tu nous évoquer
en quoi consiste ton travail et quel est le message principal ? L’Académie
nationale des premières lignes existe maintenant depuis
plusieurs années, sous
la houlette de la DTN et plus particulièrement de Didier
Retières. Son objectif
est de contribuer à former des joueurs susceptibles
d’évoluer efficacement au
meilleur niveau, et ce en toute sécurité. La tâche
des ‘’académiciens’’ est
donc de promener leur bicorne pour répandre la bonne parole
auprès des éducateurs,
entraîneurs, techniciens, joueurs, en travaillant en
collaboration avec les
arbitres, garants de la loi et de la règle, mais qui devraient
être aussi des
initiateurs actifs de ses évolutions. L’objectif à
moyen ou long termes étant d’uniformiser
les règles de la mêlée, quel que soit le niveau
pratiqué, nous souhaiton bien évidemment
y retrouver les valeurs fondamentales de
‘’combat’’, tout en privilégiant la
sécurité
des participants. Ce qu’il y a de bien au rugby, c’est que
les attitudes ‘’sécuritaires’’
sont aussi celles qui sont efficaces.
Quels sont tes projets à moyen terme ?
Mes
projets rugbystiques ??? Continuer à vivre ma passion en essayant de
respecter au mieux les valeurs morales que m’ont inculquées mes ‘’formateurs’’
scufistes. Je sais, cela va faire rire certains, mais c’est très sincère. Tous
les jours, il m’est donné la possibilité de constater quelle chance j’ai eu de
découvrir ce sport qui m’attirait tant dans un tel club. L’évolution
des mentalités, l’hégémonie des joueurs ‘’play-station’’, l’approche
nombrilisco-financière font que je m’interroge de plus en plus sur la poursuite
d’une activité d’entraîneur. Alors qu’il y a quelques années encore je m’en
pensais incapable, je me demande de plus en plus si je ne vais pas me tourner vers une activité d’éducateur,
voire de dirigeant plus … ‘’assis’’.
Aurais tu un message en tant que "vieux grognards" du rugby à
destination des jeunes qui commencent le rugby ? L’expérience
n’étant qu’une lanterne qui éclaire le chemin parcouru … par celui qui la
porte, je ne sais si les messages peuvent être entendus. Je préfère donc m’adresser
aux anciens du SCUF, pour leur renouveler mes remerciements sincères. |
| Ses sélections avec le XV de France | ||||||||||||||||||||||||
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