| Marie Jean-Baptiste
Joseph Anduran, dit Joe, est né le 24 mai 1882 à
Bayonne. Il monte à Paris pour ses études et rejoint le
Sporting Club Amateur en 1900. Le café « Le Soufflet »
dans le 5eme est alors un lieu de fête et de recrutement
des étudiants parisiens. La poussée estudiantine est
alors très forte et à l'origine du changement de nom du
SCA qui disparait au profit du Sporting Club
Universitaire de France le 29 octobre 1901. Lors de
ses premières années, Joe Anduran évolue avec l'équipe
3 du SCUF. En 1903, avec cette formation il est champion
de Paris et devient ensuite champion de France au dépend
du SBUC (6 - 3). Avec ses 1m74 pour 75 kilos il évolue
essentiellement au talonnage ou en troisième ligne !
En 1905, Joe fait quelques apparitions en équipe
première, mais évolue plutôt en Equipe 2. Il n'en
demeure pas moins en élément clef du SCUF pour sa
gestion du club et notamment de ses spectaculaires
réceptions. Dès 1908 il assure la fonction de
secrétaire de la section et oeuvre avec Charles Brennus
et Frantz Reichel à l'expansion du club.
Le 24 février 1906 il est de l'équipe qui se rendra
pour la première fois à Stratford. Le voyage outre-Manche
est une véritable expédition : chemin de fer, bateau,
chemin de fer, à l'aller comme au retour ! Le match se
déroule devant 2000 spectateurs sur le terrain de
Pearcecroft. Le SCUF est battu 27 à 3 et l'expédition
est considéré aux uns comme aux autres comme sur-humaine.
Ce n'est qu'en 1955 que les deux clubs se retrouveront.
Dans le civil Joe est marchand d'oeuvre d'art et cela
va lui permettre de participer au premier match de l'équipe
de France dans le Tournoi !
«Rendez-vous vendredi à 14 heures à la gare Saint-Lazare,
à lendroit du départ du train pour Dieppe.
Messieurs Charles Brennus et Cyril Rutherford, les deux
dirigeants, seront sur le quai pour vous accueillir.
Surtout, soyez à lheure ». Nous sommes le
soir du réveillon, le 31 décembre 1909. La rencontre
que vont disputer le lendemain nos vaillants rugbymen est
importante : léquipe de France sapprête à
faire, en effet, son entrée solennelle dans le Tournoi
des Cinq Nations pour la première fois de son histoire.
Or, à lheure fixée, ils ne sont que
quatorze. Les remplaçants et un avant bordelais,
titulaire, Helier Tilh, manquent à lappel ! Ce
dernier, consigné à la caserne, na pu avertir les
responsables. Il ny a plus une seconde à perdre.
Charles Brennus, alors responsable de lUSFSA, est
pâle dangoisse comme lécrira un confrère
de la Vie au Grand Air. Il
sengouffre dans un taxi et part à la recherche
dun quinzième homme. Il a appris justement par les
gazettes que Joe Anduran, un troisième ligne du Sporting
Club Universitaire de France , vendeur de tableaux bien
connu dans le milieu des Arts, a ouvert dans la matinée
une exposition de peinture dans une galerie réputée de
la capitale, à proximité de la rue de la Boétie. Il
sy rend donc. Les dieux sont avec lui : Anduran est
là. Très occupé dailleurs : il est en passe de
vendre un tableau de Corot. Au moment de pénétrer dans
la grande salle, Charles Brennus est rejoint par deux
autres dirigeants : Isambert et Cartoux. Ils ont eu la
même idée.
Supplications. Ordre au nom de la « Mère Patrie
reconnaissante ». Joe Anduran hésite.
Laventure le tente. Mais que va dire son épouse
qui est en train certainement de préparer déjà le
repas de fête de fin dannée et qui attend des
amis ? Il aura effectivement droit à une belle scène de
ménage. Mais sa passion pour le rugby a été la plus
forte. Le temps denfiler un gros chandail de laine,
de rassembler quelques objets de toilette et il se
retrouvait quelques minutes avant que le convoi ne
sébranle, auprès de Menrath, larrière de
couleur de son club, et de ses autres équipiers,
Houblain, Boudreaux, Thévenot, et surtout son compère
Lafitte, le talonneur de son club et compagnon des
nuitées parisiennes, pour ce voyage en terre britannique.
La suite fut moins drôle. Dans un vent glacial, sous la
pluie, devant cinq mille spectateurs frigorifiés mais
entonnant des chants gallois à donner un
frisson
supplémentaire, la France encaissa dix essais, 49-14.
Une belle raclée. Cest égal : Joe Anduran pouvait
senorgueillir davoir été international. Il
eut même le privilège exceptionnel à lépoque de
recevoir la superbe carte rayée de tricolore qui porte
le numero 58
Joe participe par la suite à l'émergence au plus
haut niveau du SCUF. En 1911 avec l'équipe première il
est champion de Paris. Le 7 avril 1911 il est remplaçant
lors de la finale qui oppose le SCUF au SBUC à Bordeaux
devant 10000 spectateurs. Les noir et blanc perdent 14-00.
En 1912 il est nommé capitaine de l'équipe 2 et entre
quelques virées avec ses coéquipiers dans sa ville
de Bayonne il décroche le titre de champion de Paris.
En 1913, Joe tient sa place en équipe 1 et le club fait
figure de favori dans la course au titre. En phase finale,
le SCUF élimine le Racing Club de France puis le Stade
Français. La finale se déroule le 15 avril 1913 à
Colombres devant 15000 spectateurs. Le SCUF affronte l'Aviron
Bayonnais et Joe Anduran au talonnage ses frères basques
! C'est une nouvelle décullotée pour le club
parisien qui perd 31 à 08. Cela sera la dernière finale
du SCUF....
Alors que le destin rugbystique l'avait
comblé, Joe doit mettre un terme à la pratique de son
sport en 1914. La France vient de rentrer en guerre. Il
est incorporé au 226ème régiment d'infanterie dans le
Pas de Calais. Le 2 octobre 1914 dans la zone Bois
Bernard, il reçoit en plein coeur une balle qu'il ne
relancera pas. Plaqué une dernière fois par un
adversaire inconnu, il aperçut avant de fermer les yeux
le décor des Charbonnières du Pas de Calais. Lui ont-elles
rappelées le Pays de Galles et son jour de gloire au
stade de St Helens à Swansea ?
Son nom est gravé sur le monument aux
morts de Bayonne.
Voir livre 1895.SCUF.2005
L'Autre Rugby - Jean Hospital - Société des Ecrivains.
|